Enregistrement de Pierre DANIEL (2007)

1 rue de Romillé – Montauban

 

Les charbonniers travaillaient tout l’hiver. La forêt est domaniale, autrefois elle appartenait à la famille….. Cette propriétaire voulait qu’il y ait toujours du bois pour les boulangers. Il y avait deux familles qui n’étaient pas du coin, ils étaient de Locminé et venaient pour l’hiver. Mon père travaillait à la journée, il avait une petite ferme et 3 vaches et l’hiver il leur donnait un coup de main. Le marchand de bois passait dans la forêt et délimitait les lots à abattre pour le charbon. Les parts étaient attribuées à ceux qui les demandaient. Il fallait d’abord débroussailler et ils coupaient le bois en billettes pour le charbon, et avec le restant ils faisaient du fagot. Mon père est mort j’avais 10 ans et quand il faisait beau, le jeudi, j’allais avec lui. Les fermiers aux alentours donnaient un coup de main, ils étaient ouvriers agricoles l’été et l’hiver, comme il n’y avait pas de travail, ils allaient dans la forêt. La dernière qui a travaillé dans la forêt est morte il n’y a pas longtemps, Madame Evanel qui habitait dans la forêt, ils faisaient des huttes.

Sur la fin, M. Ravaudet leur avait mis à disposition une maison en bois.  Parce que ils appelaient ça des coupes qui étaient numérotées, n° tant, n° tant et tous les ans, ils avançaient. Quand ils avaient fini, ils recommençaient à l’autre bout. C’était tous les 10-15 ans, par contre, ils laissaient par ci par là des futs et comme la billette ne se vend plus, ils vendaient le petit bois pour faire de la pâte à papier. La terre n’était pas adaptée pour l’exploitation de bois, c’était plein de marécages, pas partout, il y a quelques bonnes parcelles. Il y a une partie qui a brûlé et elle a été reboisée en sapins. Les boulangers entreposaient leurs fagots près de l’école St-Maurice, ils payaient quelqu’un pour les faire en forêt. Les fermiers, avec les charrettes allaient les chercher. Maintenant la forêt est louée à des chasseurs par adjudication à Rennes, je crois que c’est une équipe de St Malo. Les actionnaires font des parts. M. Ravaudet, qui habitait près de la gare, c’est lui qui vendait le bois, il était exploitant. Il avait ses bucherons et c’est lui qui partageait le travail. Quand mon père est mort, son chantier n’était pas fini, alors il m’a dit : «  Si vous voulez que je vous paye, il faut finir le chantier ».On  était payé au stère ; c’était un petit chantier.

 

 

Le charbonnier avait une grande brouette et il venait chercher le bois que les bucherons avaient coupé. Le garde-forestier et M. Ravaudet passaient et sélectionnaient les arbres à abattre, ils donnaient un coup de serpe. Le charbonnier préparait sa plate-forme, il dégageait une clairière, ça servait d’une année sur l’autre, il la faisait là où il y avait le plus de bois, ça lui faisait moins de trajets à faire. Le bois était coupé en morceau d’1 mètre à la scie. Il enfonçait un piquet et posait contre les coupes de bois pour faire des cordes de bois et c’est le charbonnier qui venait les chercher avec sa brouette pour former sa fouée. Le dernier charbonnier qui a été en forêt c’est Harvouy, il habitait à la Chapelle du Lou. Son fils doit avoir 75 ans, par contre avant la guerre, ils étaient 3 ménages et un s’appelait Prodhomme, il ne faisait que ça, il montait sa plate-forme et il l’alimentait. Il montait la fouée assez haute, il commençait en posant en triangle, et il mettait le bois debout contre ; ils allumaient avec du petit bois, des brindilles, après ils rajoutaient des copeaux. Il ne faut pas de flamme, je me rappelle encore, il mettait des grands paravents en fougères et en genêts contre le vent et la nuit, il fallait se lever quand le vent tournait ; il ne faut pas attiser le feu. Si le résultat n’était pas là, il n’était pas payé, il fallait du charbon et pas de la cendre. Dans le centre de la France, il y a une fabrique de charbon de bois, ils mettent une cloche en tôle comme ça il n’y a pas d’air. Il couvrait la fouée avec des plisses de terre et il tapait dessus pour tasser. Il fallait sortir le charbon froid, le charbon restait calciné, il mettait ça en sac. C’était n’importe quel bois, beaucoup de bouleaux, de la charmille, le châtaigner ; le châtaigner était coupé et expédier dans les mines pour étayer. Le charbon était retiré de la fouée éteinte avec une espèce de croc et était cassé en petits morceaux et placés dans des gros sacs épais qui étaient envoyés en ville. Il y avait aussi le Père Le Podert de Mauron qui était de ce métier-là aussi, le charbonnier travaillait avec sa femme, c’était un ménage et quand son chantier était fini, il partait ailleurs. La forêt de Montauban est immense, elle va de la Chapelle du Lou à Quédillac, elle faisait entre 500 et 600 hectares. Il y a un endroit, elle est très étroite, on voit le jour à travers.

 

            Au milieu de la fouée il y avait une cheminée, il commençait par construire la cheminée avec du bois et il chargeait autour avec des bois debout et il recouvrait l’ensemble de terre, les plisses, pour que ça cuit à l’étouffée. Plus le bois était sec, moins il y avait de fumée. De temps en temps, il faisait un petit trou pour activer le feu et il le rebouchait. C’était toute une technique… Quand c’était fini ça réduisait de moitié. Ravaudet venait chercher les sacs avec des chevaux et des charrettes, il y avait plein. On a du mal, maintenant en fermant les yeux, à s’imaginer ce que c’était à l’époque. Ca s’est terminé pendant la guerre ou juste après. Après la guerre ça s’est modifié, on trouvait des bouteilles de gaz ; on l’utilisait encore pour les petites chaufferettes. Maintenant on l’utilise pour les fêtes, les grillades et galettes saucisses. Il y a différentes qualités, le charbon de palette n’est pas le même que le charbon de chêne. Le charbon de palette c’est le premier prix.

 

 

            Il y avait une briqueterie dans la forêt de Montauban, c’était la briqueterie J. G ; celui a fait les briques est encore vivant. Pour faire la brique, ils prennent l’argile et le melan, ils le jettent dans le four à la queue leu-leu et ils les mettent à sécher. Il y a un petit train avec des wagonnets et puis il y a une grande chambre au gaz pour cuire et après ils les mettent sur palettes ; et tout ça s’est démoli, il y avait 3 fours et tous les fermiers du coin, il fallait du temps, et il y avait une presse à main, ils les mettaient à sécher à l’air libre. Quand elles étaient sèches, ils les croisaient, ils mettaient dans le four au charbon et ça cuisait pendant deux ou trois jours comme du pain. Il y avait beaucoup de déchets, des briques qui étaient mal cuites. La briqueterie était dans la forêt de Montauban sur la route de Landujan, auprès du château d’eau. Gabry, sa fille s’est mariée avec Roger Briand qui a voulu reprendre la suite, mais ça n’a pas fonctionné, finalement il a arrêté et il est parti travailler à la fromagerie. Il y avait beaucoup d’ouvriers et d’agriculteurs qui venaient donner un coup de main. On voit encore, sur des maisons, des briques avec les initiales J. G. Ils mettaient les briques à cuire dans des moules où étaient inscrites les initiales. Sur la Place de l’Eglise, il y a une maison faite avec ces briques, il n’y avait pas autre chose, il y avait la pierre mais c’était plus cher. Les déchets servaient à empierrer les chemins. L’argile il la trouvait sur place, tout le plateau de la forêt de Montauban est en argile.

 

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